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Pour la petite histoire, ce texte est le résultat d'un jeu duquel je suis sortie "perdante" avec le gage d'écrire cinquantes lignes sur "mes chaussons" .... rires ! Je vous livre donc ce résultat, j'espère qu'il vous amusera aussi.
Les élucubrations de Lys : Mes chaussons jaunes N°2
Mes chaussons jaunes ...

Dix heures ! La radio égrène une mélodie que j'ai encore du mal à identifier. Mon esprit baigne dans un monde semi-comateux d'où j'émerge, moitié bercée par Aznavour dont j'ai quand même reconnu la voix, et moitié par le chant matinal du canari et ce qui reste d'un rêve qui s'effiloche et qui sent bon la tartine grillée car je rêvais, je sais que ce n'est pas poétique, je rêvais de tartines !

L'oeil droit fait une tentative pour pousser légèrement vers le haut une paupière alourdie par la nuit et la referme aussitôt, ébloui par la violente lumière d'un soleil méditerranéen en plein mois d'août. Je tourne la tête. Le mur blanc immergé par le reflet de l'astre qui nous fait vivre, dispense une clarté moins violente et mon oeil droit supporte mieux le choc ! La paupière monte, redescend, remonte, redescend, oscille ainsi de haut en bas deux ou trois fois, avant de se stabiliser au tiers de sa course : donc un tiers de lumière mais, évidemment, un tiers du champ de vision. De la blancheur du mur encore un peu trop vive pour la pigmentation claire d'un oeil qui sort de sa nuit, il ne reste plus qu'une vingtaine de centimètres. Le reste est composé des quelques centimètres carrés du carrelage également blanc mais plongé dans l'ombre du lit, et, au centre, du halo clair et doux de : « mes chaussons jaunes ! »

Vous ai-je parlé de mes « chaussons jaunes » ? Non ? Pas encore c'est vrai, puisque nous faisons seulement connaissance !

Mes « chaussons jaunes » sont les plus beaux, les plus sympathiques, les plus moelleux, les plus confortables, les plus fantastiques, les plus humains chaussons qui puissent exister en ce bas monde où tout n'est que chaos et misère ! Ils sont d'une douceur difficile à imaginer lorsqu'on désire y glisser en fin de journée des petits pieds fragiles et meurtris par l'infâme traitement que leur a infligé le choix stupide qu'a fait l'homme de vouloir un jour marcher sur deux jambes au lieu de répartir la charge du poids de son corps sur ses quatre membres comme la plupart des mammifères terrestres. Leur couleur est d'un jaune paille d'une douceur que seule une paille vieillie doucement à l'abri d'une grange ancienne parsemée de senteurs bucoliques peut révéler au bout de nombreuses années, légèrement dorée, fatiguée par le temps et encore pleine d'une vigueur, d'une clarté hardie que seuls les beaux objets anciens sont capables de conserver. Ceci dont je vous parle n'est que la couleur du fond. Sur cette couleur donc (dont je vais arrêter ici de vanter l'extraordinaire résultat) se superposent de minuscules petites étoiles violines, mauves plus clairs, blanches et orangées, petites étoiles aux coeurs verts et jaunes. En fait ces petites étoiles sont de minuscules marguerites qui laissent également s'éparpiller çà et là d'encore plus minuscules taches vertes qui simulent de petites feuilles naissantes, timides, comme ayant peur de découvrir ce qui les entourent.

Vous les verriez mes petits « chaussons jaunes » dans leur bain de mousse hebdomadaire, plongeant profondément et remontant, délicatement sustentés par l'eau, tant leur texture est légère, flottant au grès du courant qui les fait s'étaler comme deux feuilles de nénuphars s'épanouissant et épousant l'onde. Quelques pirouettes pour aider à se délester des impuretés accumulées au fil des jours, ils sortent de leur bain, leur enveloppe fripée tels des nymphes qui auraient trop prolongé leur baignade. Ils s'ébrouent comme de jeunes chiots et retrouvent aussitôt toutes leurs qualités, leur belle plastique, leur ton magnifique et le moelleux incomparable de leur divine texture faite uniquement pour le confort, la douceur et le plaisir des sens. Et là, admirablement détendus par le bain, ils se laissent aller, séchés par les rayons d'un soleil, filtré par le feuillage mouvant d'un beau micocoulier, qui n'altèrera aucune de leurs couleurs, ils se reposent rêvant à ce qu'ils feront dès que, secs et fringants, ils se réveilleront plus tard.

Plus tard c'est maintenant ! Les pieds exténués par une longue marche, je les cherche. Ils sont là ! Ils attendent qu'on se glisse en eux, qu'on les épouse langoureusement, qu'on profite de tout ce confort qu'ils tendent généreusement. Ils s'étirent de droite à gauche, de gauche à droite, sautillent légèrement sur place et entament avec hardiesse et légèreté une petite danse que la radio laisse entendre au loin. De ci, de là, ils sautillent, se placent, se déplacent, ondulent, minaudent, font les beaux ! Soudain un rythme de lambada endiablée inonde la pièce. Loin d'être épouvantés, ils partent dans une virevoltante sarabande brésilienne, droite, gauche, le rythme bien scandé, le coeur enthousiaste, ils avancent, reculent, ondulent tels de véritables feux follets dans la nuit. Voyez l'air coquin qu'ils arborent, l'oeil pétillant de malice, le coeur joyeux. Ils sont là, l'un contre l'autre, comme des amoureux et se trémoussent sur le rythme latino qui les emporte. Ils ont tout oublié : la fatigue des pieds qui les occupent, le sol qu'ils foulent, ils sont là bas, au milieu du carnaval et participent à la fête. Ils sont au coeur même de cette foule qui dépasse en délire tout ce que l'on peut imaginer de faste, de lumière et de couleurs. Ils sont là tout petits mais occupant le maximum de place, ils sont devenus le centre de l'attraction, ils sont les rois du carnaval.

Silence !

La radio s'est tue ! Essoufflés, ils reviennent sur terre, halètent légèrement car ils ne sont plus tout à fait neufs et aussi fringants, qu'autrefois. Ils vont emporter avec douceur et légèreté les petits pieds meurtris près du canapé et là s'endormiront tranquillement en attendant de repartir à nouveau dès qu'on le leur demandera. En vrais petits serviteurs dociles, ils seront toujours là, prêts, en forme à la demande.

Normal ! Ce sont mes petits « chaussons jaunes » seuls, uniques, les miens que j'aime.

lys

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